Ce qu'on ignorait au village, c'est qu'avant la retraite, Henri avait passé sa vie dans la parfumerie.
Les essences, les dosages, les accords au milligramme près. C'était son métier.
Alors il s'est mis au travail dans sa cuisine.
Son idée était simple : créer un parfum agréable, élégant, qu'on porte tous les jours. Mais y dissimuler, à l'intérieur, cette molécule que le cerveau reconnaît sans pouvoir l'expliquer.
Le plus dur, c'était le dosage.
Trop peu, aucun effet. Trop, et le signal devient gênant au lieu d'attirer.
Henri a recommencé des dizaines de fois. Il notait tout, il ajustait.
Et il testait sur lui-même. Presque pour rire au début, sans vraiment y croire.
Puis il y a eu cette matinée, à la boulangerie de son village.
Une femme s'est attardée. Elle lui a souri, a engagé la conversation, a posé la main sur son bras.
Henri a cru à un hasard. Sauf que la semaine suivante, ça s'est reproduit. Puis encore.
Ce qui marchait sur une truie dans un champ venait de se produire, sous ses yeux, sur des êtres humains.
Et le premier à avoir du mal à y croire, c'était lui.